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Khénifra et la santé

  • 18 mai 2018

  • Par : Dr Zouhair Lahna

  • Tags : Maroc, sante

Berceau de la résistance, cette ville du Moyen Atlas a été longtemps délaissée. Elle l’est encore dans une certaine mesure parce qu’elle reste avec Azilal des villes très pauvres dans la région. Routes d’accès encore délicates, absence de ligne de chemin de fer et d’autoroutes, et par conséquent absence d’investissements et d’occasions créatrices d’emplois.

Ceci n’empêche pas le visiteur de tomber sous le charme de cette petite ville et de constater les chantiers d’embellissement entrepris. Et parmi les réalisations, l’hôpital public flambant neuf qui a été construit à l’entrée de la ville en venant de Meknès. Grand, spacieux, éclairé et répondant aux nouvelles normes. Bien évidement, on y trouvera des choses à dire ou critiquer, mais pour avancer, il faut essayer de regarder le verre à moitié plein et pas à moitié vide. Justement, la moitié restante devrait être remplie par les soignants qui y sont affectés et y travaillent.

Comme partout, le problème des soignants est devenu récurrent, les départs à la retraite ne sont pas remplacés et la charge du travail est soutenue. À la buvette, j’ai été interpelé par une jeune médecin qui m’a reconnu, me disant qu’elle est affectée aux urgences depuis un an. Quand je me suis enquis de ses conditions de travail, elle est devenue blême : "je croyais que j’allais travailler en équipe, mais je me suis retrouvée seule à voir plus de 120 malades en journée et des nuits souvent blanches, je travaille en mode de 12/36 !!"

C’est bien le cas dans la plupart des urgences, où le travail de deux voir trois praticiens est effectué par un, tandis qu’on trouve dans certains centres de santé des affectations aberrantes de quatre voir cinq médecins pour un travail de consultations non urgentes effectuées par deux voir même un médecin. Ce déséquilibre crée, de la démotivation pour les uns et la fainéantise pour les autres. Une gestion des ressources humaines par des professionnels du rendement et la qualité de l’environnement du travail est plus qu’urgente dans le domaine de la santé publique.

D’autres médecins ont choisi un système de roulement, parce que leurs familles sont déjà établies dans les grandes villes. Ce roulement permet au spécialiste de concentrer ses heures de travail et d’astreinte pour se libérer ensuite et s’occuper de sa famille. Je trouve ceci faisable et nécessaire pour que ce médecin puisse travailler avec entrain et donner le meilleur de lui-même pendant son temps de présence sur place. Parfois, arrangements dépassent l’entendement, quand sur une équipe de cinq personnes, il y a une présence physique une semaine et une disparition des écrans radar pendant quatre, cela devient ahurissant, d’autant plus que le service en question requiert des efforts importants, aussi bien physiques qu’intellectuels, de jour comme de nuit. Ceci est dangereux pour la santé des patientes et également des praticiennes. Sans parler que la présence d’un seul médecin dans un service très actif ne lui laissera le temps que de s’occuper des urgences, bâclant ainsi les consultations et ne s’occupant qu’occasionnellement des opérations non urgentes.

A l’hôpital de Khénifra, j’ai rencontré également deux jeunes infirmiers qui y travaillent bénévolement depuis un an. Et comble de la surprise que c’est grâce à ces deux infirmiers Yacine et Maryam que j’ai pu opérer le vendredi, un jour de grève des infirmiers en poste et un samedi, un jour de no man’s land. Je leur témoigne ici toute ma gratitude et certainement celle sous-jacente des femmes qui ont été opérées.

Les patientes, la raison d’être de mon engagement et mon déplacement dans le Moyen Atlas, souffraient toutes de descente d’organes secondaires à l’enfantement. Parce qu’elles ont eu beaucoup d’enfants ou elles ont accouché dans de mauvaises conditions, pour que cette société vive et cette nation continue, elles souffraient en silence depuis plusieurs années. Des douleurs, des incontinences et problèmes sexuelles. Ces interventions nécessitent du temps, un apprentissage et une volonté de rendre service. Certes, leur mal n’est pas urgent et n’est pas vital non plus, mais il est handicapant. Quand une grand-mère ne peut plus faire la prière à cause des fuites d’urine, une autre ne sort plus ou met des couches même jeune, et une troisième ne peut plus avoir de rapports sexuelles à cause de la douleur occasionnée, pouvant provoquer des troubles sociales voir la séparation. Ainsi, Fatima la cinquantaine me répond avec désinvolture, en montant sur la table d’examen, quand je lui demande des questions dans ce sens; « Ah! Docteur, le mari est parti depuis longtemps, maintenant je pense seulement à guérir !!! »

L’expérience de khénifra m’a rempli de plaisir, puisqu’au troisième jour mes collègues, Fouad le gynécologue et Samir l’urologue ont pu eux-mêmes opérer avec mon assistance. Et je suis certain qu’ils vont continuer à reproduire les techniques que je leur ai enseignées. Ainsi, tout le monde sera gagnant. Les chirurgiens progressent et les femmes trouveront réponse à leurs problèmes sans se déplacer dans les grandes villes, ni mendier pour que ce droit leur soit octroyé.